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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/9

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en le voyant entrer, cela ne peut continuer ainsi ! » Et au son de sa propre voix ses yeux se remplirent de larmes.

« Qu’y a-t-il, mon amie ?

— Il y a que j’attends, que je suis à la torture depuis deux heures ; mais non, je ne veux pas te chercher querelle. Si tu n’es pas venu, c’est que tu as eu quelque empêchement sérieux ! Non, je ne te gronderai plus. »

Elle lui posa ses deux mains sur les épaules, et le regarda longtemps de ses yeux profonds et tendres, quoique scrutateurs. Elle le regardait pour tout le temps où elle ne l’avait pas vu, comparant, comme toujours, l’impression du moment aux souvenirs qu’il lui avait laissés, et, comme toujours, sentant que l’imagination l’emportait sur la réalité.


CHAPITRE III


« Tu l’as rencontré ? demanda-t-elle quand ils furent assis sous la lampe près de la table du salon. C’est ta punition pour être venu si tard.

— Comment cela s’est-il fait ? Ne devait-il pas aller au conseil ?

— Il y a été, mais il en est revenu pour repartir je ne sais où. Ce n’est rien, n’en parlons plus ; dis-moi où tu as été, toujours avec le prince ? »

(Elle connaissait les moindres détails de sa vie.)

Il voulut répondre que, n’ayant pas dormi de la