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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/85

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détourna la tête sans répondre, et s’approcha de la porte.

La voix d’Anna se faisait entendre dans la chambre à coucher, vive, gaie, avec des intonations très justes. Alexis Alexandrovitch entra et s’approcha de son lit. Elle avait le visage tourné vers lui, les joues animées, les yeux brillants ; ses petites mains blanches, sortant des manches de sa camisole, jouaient avec le coin de sa couverture. Non seulement elle semblait fraîche et bien portante, mais dans la disposition d’esprit la plus heureuse ; elle parlait vite et haut, en accentuant les mots avec précision et netteté.

« Car Alexis, je parle d’Alexis Alexandrovitch (n’est-il pas étrange et cruel que tous deux se nomment Alexis ?), Alexis ne m’aurait pas refusé, j’aurais oublié, il aurait pardonné… pourquoi n’arrive-t-il pas ? Il est bon, il ignore lui-même combien il est bon. Mon Dieu, mon Dieu, quelle angoisse ! Donnez-moi vite de l’eau ! Mais cela n’est pas bon pour elle… ma petite fille ! Alors donnez-lui une nourrice ; j’y consens ; cela vaut même mieux. Quand il viendra, elle lui ferait mal à voir : Éloignez-la.

— Anna Arcadievna, il est arrivé, le voilà ! dit la sage-femme, essayant d’attirer son attention sur Alexis Alexandrovitch.

— Quelle folie ! continua Anna sans voir son mari. Donnez-moi la petite, donnez-la ! Il n’est pas encore arrivé. Vous prétendez qu’il ne pardonnera pas parce que vous ne le connaissez pas. Personne ne le connaissait. Moi seule… ses yeux, il faut les