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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/79

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parce que sa fiancée était la perfection même. Et Kitty éprouvait des impressions analogues.

La comtesse Nordstone s’étant permis une allusion aux espérances plus brillantes qu’elle avait conçues pour son amie, Kitty se mit en colère, et protesta si vivement de l’impossibilité pour elle de préférer personne à Levine, que la comtesse convint qu’elle avait raison. Depuis lors elle ne rencontra jamais Levine en présence de sa fiancée sans un sourire enthousiaste.

Un des incidents les plus pénibles de cette époque de leur vie fut celui des explications promises. Sur l’avis du vieux prince, Levine remit à Kitty un journal contenant ses aveux écrits jadis à l’intention de celle qu’il épouserait. Des deux points délicats qui le préoccupaient, celui qui passa presque inaperçu fut son incrédulité : croyante elle-même et incapable de douter de sa religion, le manque de piété de son fiancé laissa Kitty indifférente ; ce cœur que l’amour lui avait fait connaître, renfermait ce qu’elle avait besoin d’y trouver ; peu lui importait qu’il qualifiât l’état de son âme d’incrédulité. Mais le second aveu lui fit verser des larmes amères.

Levine ne s’était pas décidé à cette confession sans un grand combat intérieur ; il s’y était résolu parce qu’il ne voulait pas de secrets entre eux ; mais il ne s’était pas identifié aux impressions d’une jeune fille à cette lecture. L’abîme qui séparait son misérable passé de cette pureté de colombe lui apparut, lorsque, entrant un soir dans la chambre de