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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/77

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choses sur le cœur, mais il ne put rien dire de ce qu’il voulait.

« Je savais que cela serait ainsi : au fond de l’âme, j’en étais persuadé, sans avoir jamais osé l’espérer. Je crois que c’est de la prédestination.

— Et moi, répondit Kitty, alors même…, elle s’arrêta, puis continua en le regardant résolument de ses yeux sincères ; … alors même que je repoussais mon bonheur, je n’ai jamais aimé que vous ; j’ai été entraînée. Il faut que je vous le demande : Pourrez-vous l’oublier ?

— Peut-être vaut-il mieux qu’il en ait été ainsi. Vous aussi devez me pardonner, car je dois vous avouer… »

Il s’était décidé (c’était ce qu’il avait sur le cœur) à lui confesser dès les premiers jours : d’abord, qu’il n’était pas aussi pur qu’elle, puis, qu’il n’était pas croyant. Il pensait de son devoir de lui faire ces aveux, quelque cruels qu’ils fussent.

« Non, pas maintenant, plus tard, ajouta-t-il.

— Mais dites-moi tout, je ne crains rien, je veux tout savoir, c’est entendu…

— Ce qui est entendu, interrompit-il, c’est que vous me prenez tel que je suis ; vous ne vous dédirez plus ?

— Non, non. »

Leur conversation fut interrompue par Mlle Linon, qui vint féliciter son élève favorite avec un sourire tendre qu’elle cherchait à dissimuler ; elle n’avait pas encore quitté le salon que les domestiques voulurent à leur tour offrir leurs félicitations.