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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/76

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— Voilà le personnage principal, auquel il appartient de décider, dit le prince en désignant Levine.

— Quand ? répondit celui-ci en rougissant. Demain, si vous me demandez mon avis ; aujourd’hui les fiançailles, demain la noce.

— Allons donc, mon cher, pas de folies.

— Eh bien, dans huit jours.

— Ne dirait-on pas vraiment qu’il devient fou ?

— Mais pourquoi pas ?

— Et le trousseau ? dit la mère, souriant gaiement de cette impatience.

— Est-il possible qu’un trousseau et tout le reste soient indispensables ? pensa Levine avec effroi. Après tout, ni le trousseau, ni les fiançailles, ni le reste, ne pourront gâter mon bonheur ! » Il jeta un regard sur Kitty, et remarqua que l’idée du trousseau ne la froissait aucunement. « Il faut croire que c’est nécessaire », se dit-il. « Je conviens que je n’y entends rien, j’ai simplement exprimé mon désir, murmura-t-il en s’excusant.

— Nous y réfléchirons ; maintenant nous ferons les fiançailles et nous annoncerons le mariage. »

La princesse s’approcha de son mari, l’embrassa, et voulut s’éloigner, mais il la retint pour l’embrasser en souriant à plusieurs reprises, comme un jeune amoureux. Les deux vieux époux semblaient troublés, et prêts à croire que ce n’était pas de leur fille qu’il s’agissait, mais d’eux-mêmes. Quand ils furent sortis, Levine s’approcha de sa fiancée et lui tendit la main ; il avait repris possession de lui-même et pouvait parler ; il avait d’ailleurs bien des