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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/74

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Elle aussi, après une nuit sans sommeil, l’avait attendu toute la matinée. Ses parents étaient heureux et complètement d’accord. Elle avait guetté l’arrivée de son fiancé, voulant être la première à lui annoncer leur bonheur ; honteuse et confuse, elle ne savait trop comment réaliser son projet : aussi, en entendant les pas de Levine et sa voix, s’était-elle cachée derrière la porte pour attendre que Mlle Linon sortît. Alors, sans s’interroger davantage, elle était venue à lui…

« Allons maintenant trouver maman, » dit-elle en lui prenant la main.

Longtemps il ne put proférer une parole, non qu’il craignît d’amoindrir ainsi l’intensité de son bonheur, mais parce qu’il sentait les larmes l’étouffer. Il lui prit la main et la baisa.

« Est-ce vrai ? dit-il enfin d’une voix étranglée. Je ne puis croire que tu m’aimes ! »

Elle sourit de ce « tu » et de la crainte avec laquelle il la regarda.

« Oui, répondit-elle lentement en appuyant sur ce mot. Je suis si heureuse ! »

Sans quitter sa main, elle entra avec lui au salon ; la princesse en les apercevant se prit, toute suffoquée, à pleurer, et aussitôt après à rire ; puis, courant à Levine avec une énergie soudaine, elle le saisit par la tête, et l’embrassa en l’arrosant de ses larmes.

« Ainsi tout est fini ! je suis contente. Aime-la. Je suis heureuse, Kitty !

— Vous avez vite arrangé les choses, – dit le