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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/58

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cela !… » murmura Dolly en serrant ses mains amaigries avec un geste énergique. Elle se leva vivement et touchant de la main la manche d’Alexis Alexandrovitch : « On nous troublera ici, venez par là, je vous en prie. »

L’émotion de Dolly se communiquait à Karénine ; il obéit, se leva, et la suivit dans la chambre d’étude des enfants, où ils s’assirent devant une table couverte d’une toile cirée, entaillée de coups de canif.

« Je ne crois à rien de tant cela ! répéta Dolly, cherchant à saisir ce regard qui fuyait le sien.

— Peut-on nier des faits, Daria Alexandrovna ? dit-il en appuyant sur le dernier mot.

— Mais quelle faute a-t-elle commise ? de quoi l’accusez-vous ?

— Elle a manqué à ses devoirs et trahi son mari. Voilà ce qu’elle a fait.

— Non, non, c’est impossible ! non, Dieu merci, vous vous trompez ! » s’écria Dolly pressant ses tempes de ses deux mains en fermant les yeux.

Alexis Alexandrovitch sourit froidement du bout des lèvres ; il voulait ainsi prouver à Dolly, et se prouver à lui-même, que sa conviction était inébranlable. Mais à cette chaleureuse intervention sa blessure se rouvrit, et, quoique le doute ne lui fût plus possible, il répondit avec moins de froideur :

« L’erreur est difficile quand c’est la femme qui vient elle-même déclarer au mari que huit années de mariage et un fils ne comptent pour rien, et qu’elle veut recommencer la vie.