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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/566

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pitié, du dégoût, et surtout de la frayeur qu’il m’a inspirés. Je n’ai bien compris que je l’aimais qu’aujourd’hui, après l’orage. »

Kitty sourit de joie.

« Tu as eu bien peur ? moi aussi ; mais j’ai plus peur encore, maintenant que je me rends compte du danger que nous avons couru. J’irai regarder le chêne demain…, et maintenant retourne vers tes hôtes. Je suis si contente de te voir en bons rapports avec ton frère. »


CHAPITRE XIX


Levine, en quittant sa femme, reprit le cours de ses pensées, et, au lieu de rentrer au salon, s’accouda sur la balustrade de la terrasse.

La nuit venait, et le ciel, pur au midi, restait orageux du côté opposé ; de temps en temps un éclair éblouissant, suivi d’un sourd grondement, faisait disparaître aux yeux de Levine les étoiles et la voie lactée qu’il considérait, écoutant les gouttes de pluie tomber en cadence du feuillage des arbres ; les étoiles reparaissaient ensuite peu à peu, reprenant leur place comme si une main soigneuse les eût rajustées au firmament.

« Quelle est la crainte qui me trouble ? se demandait-il, sentant une réponse dans son âme, sans pouvoir encore la définir.

« Oui, les lois du bien et du mal révélées au monde sont la preuve évidente, irrécusable, de