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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/548

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l’Église ? » dit-il pour s’éprouver et trouver un point qui troublât sa quiétude. Et il se rappela les dogmes qui lui avaient paru étranges… La création ?… Mais comment était-il parvenu à s’expliquer l’existence ?… Le diable, le péché ?… Comment s’était-il expliqué le mal ?… La Rédemption ?… »

Aucun de ces dogmes ne lui sembla porter atteinte aux seules fins de l’homme, la foi en Dieu, au bien ; — tous concouraient, au contraire, au miracle suprême, celui qui consiste à permettre aux millions d’êtres humains qui peuplent la terre, jeunes et vieux, paysans et empereurs, sages et simples, de comprendre les mêmes vérités, pour en composer cette vie de l’âme uniquement digne d’être vécue…

Couché sur le dos, il considéra le ciel au-dessus de sa tête. « Je sais bien, pensa-t-il, que c’est l’immensité de l’espace et non une voûte bleue qui s’étend au-dessus de moi, – mais mon œil ne perçoit que la voûte arrondie, et voit plus juste qu’en cherchant par delà. »

Levine cessa de réfléchir ; il écouta les voix mystérieuses qui semblaient joyeusement s’agiter en lui.

« Est-ce vraiment la foi ? se dit-il, n’osant croire à son bonheur. Mon Dieu, je te remercie ! » Et des larmes de reconnaissance coulèrent de ses yeux.