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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/532

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la mort à la lumière des convictions nouvelles, comme il les nommait, qui de vingt à trente-quatre ans avaient remplacé les croyances de son enfance, la vie lui était apparue plus terrible encore que la mort. D’où venait-elle ? que signifiait-elle ? pourquoi nous était-elle donnée ? L’organisme, sa destruction, l’indestructibilité de la matière, les lois de la conservation et du développement des forces, ces mots et les théories scientifiques qui s’y rattachaient, étaient sans doute intéressants au point de vue intellectuel, mais quelle serait leur utilité dans le courant de l’existence ?

Et Levine, semblable à un homme qui, par un temps froid, aurait échangé une chaude fourrure contre un vêtement de mousseline, sentait, non par le raisonnement, mais par tout son être, qu’il était nu, dépouillé, et destiné à périr misérablement.

Dès lors, sans rien changer à sa vie extérieure, et sans presque en avoir conscience, Levine ne cessa d’éprouver la terreur de son ignorance, tristement persuadé que ce qu’il appelait ses convictions, loin de l’aider à s’éclairer, lui rendaient inaccessibles ces connaissances dont il éprouvait un besoin si impérieux.

Le mariage, ses joies et ses devoirs nouveaux étouffèrent complètement ces pensées ; mais elles lui revinrent avec une persistance croissante après les couches de sa femme, lorsqu’il vécut à Moscou sans occupations sérieuses.

La question se posait ainsi pour lui : « Si je n’accepte pas les explications que m’offre le christia-