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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/523

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avez beau dire, cette femme-là était mauvaise. Comprenez-vous une passion de ce genre ? qu’a-t-elle voulu prouver par sa mort ? elle a troublé l’existence de deux hommes d’un rare mérite, son mari et mon fils, et s’est perdue elle-même.

— Qu’a fait le mari ?

— Il a repris la petite. Au premier moment Alexis a consenti à tout ; maintenant il se repent d’avoir abandonné sa fille à un étranger, mais peut-il s’en charger ? Karénine est venu à l’enterrement, nous sommes parvenus à éviter une rencontre entre lui et Alexis. Pour le mari cette mort est une délivrance ; mais mon pauvre fils qui avait tout sacrifié à cette femme, moi, sa position, sa carrière,… l’achever ainsi ! Non, quoi que vous en disiez, c’est la fin d’une créature sans religion. Que Dieu me pardonne, mais, en songeant au mal qu’elle a fait à mon fils, je ne puis que maudire sa mémoire.

— Comment va-t-il maintenant ?

— C’est cette guerre qui nous a sauvés. Je n’y comprends pas grand’chose, et la guerre me fait peur, d’autant plus qu’on dit que ce n’est pas très bien vu à Pétersbourg, mais je n’en remercie pas moins le ciel. Cela l’a remonté. Son ami Yavshine est venu l’engager à l’accompagner en Serbie ; il y va, lui, parce qu’il s’est ruiné au jeu ; les préparatifs du départ ont occupé, distrait, Alexis. Causez avec lui, je vous en prie, il est si triste ! Et pour comble d’ennui il a une rage de dents. Mais il sera heureux de vous voir ; il se promène de l’autre côté de la voie. »