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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/514

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différentes, pour accorder la moindre attention à une publication de ce genre ; quant aux journaux, la seule critique qui parût dans une feuille sérieuse fut de nature à mortifier l’auteur.

Cet article n’était qu’un choix de citations, habilement combinées pour démontrer que le livre entier, avec ses hautes prétentions, n’offrait qu’un tissu de phrases pompeuses, qui ne semblaient pas toujours intelligibles, ainsi que le témoignaient les fréquents points d’interrogation du critique ; le plus dur, c’est que celui-ci, quoique médiocrement instruit, était très spirituel.

Serge Ivanitch, malgré sa bonne foi, ne songea pas un instant à vérifier la justesse de ces remarques ; il crut à une vengeance, et se rappela avoir rencontré l’auteur de l’article chez son libraire, et avoir relevé l’ignorance d’une de ses observations.

Au mécompte de voir le travail de six années passer ainsi inaperçu, se joignait pour Kosnichef une sorte de découragement causé par l’oisiveté, qui succédait pour lui à la période d’agitation, due à la publication de son livre. Heureusement l’attention publique se portait en ce moment vers la question slave, avec un enthousiasme qui gagnait les meilleurs esprits. Kosnichef avait trop de sens pour ne pas reconnaître que cet entraînement présentait des côtés puérils, et qu’il offrait de trop nombreuses occasions aux personnalités vaniteuses de se mettre en évidence ; il ne professait pas non plus une confiance absolue dans les récits exagérés des journaux ; mais il fut touché par le sentiment unanime de