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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/507

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ses pensées étaient ailleurs et elle avait oublié ce qu’elle venait faire.

« Oui », répondit-elle enfin, lui tendant sa bourse et descendant de calèche, son petit sac rouge à la main.

Les détails de sa situation lui revinrent à la mémoire pendant qu’elle traversait la foule pour se rendre à la salle d’attente ; assise sur un grand divan circulaire, en attendant le train, elle repassa dans sa pensée les différentes résolutions auxquelles elle pouvait se fixer ; puis elle se représenta le moment où elle arriverait à la station, le billet qu’elle écrirait à Wronsky, ce qu’elle lui dirait en entrant dans le salon de la vieille comtesse, où peut-être en ce moment il se plaignait des amertumes de sa vie. L’idée qu’elle aurait encore pu vivre heureuse traversa son cerveau ;… combien il était dur d’aimer et de haïr tout à la fois ! combien surtout son pauvre cœur battait à se rompre !…


CHAPITRE XXXI


Un coup de sonnette retentit, quelques jeunes gens bruyants et d’apparence vulgaire passèrent devant elle ; Pierre traversa la salle, s’approcha pour l’escorter jusqu’au wagon ; les hommes groupés près de la porte firent silence en la voyant passer ; l’un d’eux murmura quelques mots à son voisin, ce devait être une grossièreté. Anna prit