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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/503

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devait aller, prendre le chemin de fer, le poursuivre, l’humilier… » Consultant l’indicateur, elle y lut que le train du soir partait à 8 heures 2 minutes. « J’arriverai à temps. »

Et, faisant atteler des chevaux frais à la calèche, elle se hâta de mettre dans un petit sac de voyage les objets indispensables à une absence de quelques jours ; décidée à ne pas rentrer, elle roulait mille projets dans sa tête, et résolut, après la scène qui se passerait à la gare ou chez la comtesse, de continuer sa route par le chemin de fer de Nijni, pour s’arrêter dans la première ville venue.

Le dîner était servi, mais la nourriture lui fit horreur ; elle remonta dans la calèche aussitôt que le cacher eut attelé, irritée de voir les domestiques s’agiter autour d’elle.

« Je n’ai pas besoin de toi, Pierre, dit-elle au valet de pied qui se disposait à l’accompagner.

— Qui prendra le billet ?

— Eh bien, viens si tu veux, cela m’est égal », répondit-elle contrariée.

Pierre sauta sur le siège et donna l’ordre au cocher d’aller à la gare de Nijni.


CHAPITRE XXX


« Voilà mes idées qui s’éclaircissent ! se dit Anna lorsqu’elle se retrouva en calèche, roulant sur le pavé inégal. À quoi ai-je pensé en dernier lieu ? Ah oui, aux réflexions de Yavshine sur la