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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/500

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passé, fit remarquer Kitty à sa sœur quand celle-ci rentra après avoir reconduit Anna jusqu’à la porte. Et comme elle est belle ! mais il y a en elle quelque chose d’étrange qui fait peine, beaucoup de peine.

— Je ne la trouve pas aujourd’hui dans son état normal. J’ai cru qu’elle allait fondre en larmes dans l’antichambre. »


CHAPITRE XXIX


Remontée dans sa calèche, Anna se sentit plus malheureuse que jamais ; son entrevue avec Kitty réveillait douloureusement en elle le sentiment de sa déchéance morale, et cette souffrance vint s’ajouter aux autres. Sans trop savoir ce qu’elle disait, elle donna au cocher l’ordre de la ramener chez elle.

« Elles m’ont regardée comme un être étrange et incompréhensible !… Que peuvent se dire ces gens-là ? ont-ils la prétention de se communiquer ce qu’ils éprouvent ? pensa-t-elle en voyant deux passants causer ensemble ; – on ne peut partager avec un autre ce qu’on ressent ! Moi qui voulais me confesser à Dolly ! J’ai eu raison de me taire ; mon malheur l’aurait réjouie au fond, bien qu’elle l’eût dissimulé ; elle trouverait juste de me voir expier ce bonheur qu’elle m’a convié. Et Kitty ? Celle-là eût été plus contente encore, car je lis dans son cœur : elle me hait, parce que j’ai plu à