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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/496

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« Nos parasites, comme dit Wronsky ; pourquoi les nôtres ?… Ah ! si on pouvait arracher le passé avec ses racines ! mais c’est impossible, tout au plus peut-on feindre d’oublier ! » Et cependant, en se rappelant son passé avec Alexis Alexandrovitch, elle constata qu’elle en avait aisément perdu le souvenir. « Dolly me donnera tort, puisque c’est le second que je quitte. Ai-je la prétention d’avoir raison ? » Et elle sentit les larmes la gagner.

« De quoi ces jeunes filles peuvent-elles parler en souriant ? d’amour ? elles ne savent pas combien c’est triste et misérable… Le boulevard et des enfants ; trois petits garçons jouent aux chevaux… Serge, mon petit Serge ! je perdrais tout que je ne te retrouverais pas ! Oh ! s’il ne revient pas, tout est bien perdu ! Peut-être aura-t-il manqué le train et le retrouverai-je à la maison… Tu as besoin de t’humilier encore ? » se dit-elle avec un reproche pour sa faiblesse. « Non, je vais entrer chez Dolly, je lui dirai : je suis malheureuse, je souffre, je l’ai mérité, mais viens-moi en aide !… Oh ! ces chevaux, cette calèche qui lui appartiennent, je me fais horreur de m’en servir. Bientôt je ne les reverrai plus ! »

Et, tout en se torturant ainsi le cœur, elle arriva chez Dolly et monta l’escalier.

« Y a-t-il du monde ? demanda-t-elle dans l’antichambre.

— Catherine Alexandrovna Levine », répondit le domestique.

« Kitty, cette Kitty dont Wronsky était amou-