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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/493

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elle crut encore sentir sur ses épaules les récents baisers de son amant ; elle frissonna et porta une de ses mains à ses lèvres : « Deviendrais-je folle ? » pensa-t-elle avec effroi, et elle se sauva dans la chambre où Annouchka rangeait sa toilette.

« Annouchka, fit-elle ne sachant que dire.

— Vous voulez aller chez Daria Alexandrovna ? » dit la femme de chambre, pour lui suggérer une idée.

« Quinze minutes pour aller, quinze pour revenir, il va être ici. » Elle regarda sa montre. « Mais comment a-t-il pu me quitter ainsi ! » Elle s’approcha de la fenêtre, peut-être avait-elle fait une erreur de calcul, et elle se remit à compter les minutes depuis son départ.

Au moment où elle voulait consulter la pendule du salon, un équipage s’arrêta devant la porte ; c’était la calèche, mais personne ne montait l’escalier et elle entendit des voix dans le vestibule.

« Monsieur le comte était déjà parti pour la gare de Nijni, vint-on lui apprendre en lui remettant son billet.

— Qu’on porte immédiatement cette lettre au comte à la campagne de sa mère, et qu’on me rapporte aussitôt la réponse.

« Que deviendrai-je en attendant ? J’irai chez Dolly, pour ne pas devenir folle. Ah ! je puis encore télégraphier ! »

Et elle écrivit la dépêche suivante :

« J’ai absolument besoin de vous parler, revenez vite. »