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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/492

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Elle s’assit et écrivit :

« Je suis coupable, mais, au nom de Dieu, reviens, nous nous expliquerons, j’ai peur ! »

Elle cacheta, remit le billet au domestique, et dans sa crainte de rester seule se rendit chez sa petite fille.

« Je ne le reconnais plus ! où sont ses yeux bleus et son joli sourire timide ? » pensa-t-elle apercevant la belle enfant aux yeux noirs au lieu de Serge, que dans la confusion de ses idées elle s’attendait à voir.

La petite, assise près d’une table, y tapait à tort et à travers avec un bouchon ; elle regarda sa mère, qui se plaça auprès d’elle et lui prit le bouchon des mains pour le faire tourner. Le mouvement des sourcils, le rire sonore de l’enfant, rappelaient si vivement Wronsky, qu’Anna n’y put tenir ; elle se leva brusquement et se sauva. « Est-il possible que tout soit fini ! Il reviendra, pensa-t-elle, mais comment m’expliquera-t-il son animation, son sourire en lui parlant ? J’accepterai tout, sinon je ne vois qu’un remède, et je n’en veux pas ! » Douze minutes s’étaient écoulées. « Il a reçu ma lettre et va revenir dans dix minutes. Et s’il ne revenait pas ? C’est impossible. Il ne doit pas me trouver avec des yeux rouges, je vais me baigner la figure. Et ma coiffure ? » Elle porta les mains à sa tête, elle s’était coiffée sans en avoir conscience. « Qui est-ce ? se demanda-t-elle en apercevant dans une glace son visage défait et ses yeux étrangement brillants. C’est moi ! » Et