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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/480

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— Décidément, ma patience est à bout, » dit Wronsky, et il la laissa partir.

Anna rentra dans sa chambre d’un pas chancelant et s’affaissa sur un fauteuil.

« Il me hait, c’est certain ; il en aime une autre, c’est plus certain encore ; tout est fini, il faut fuir ; mais comment ? »

Les pensées les plus contradictoires l’assaillirent. Où aller ? chez sa tante qui l’avait élevée ? chez Dolly, ou simplement à l’étranger ? Cette rupture serait-elle définitive ? Que faisait-il dans son cabinet ? Que diraient Alexis Alexandrovitch et le monde de Pétersbourg ? Une idée vague, qu’elle ne parvenait pas à formuler, l’agitait ; elle se rappela un mot dit par elle à son mari après sa maladie : « pourquoi ne suis-je pas morte ! » et aussitôt ces paroles réveillèrent le sentiment qu’elles avaient exprimé jadis. « Mourir, oui, c’est la seule manière d’en sortir ; ma honte, le déshonneur d’Alexis Alexandrovitch et celui de Serge, tout s’efface avec ma mort ; il me pleurera alors, me regrettera, m’aimera ! ». Un sourire d’attendrissement sur elle-même effleura ses lèvres tandis qu’elle ôtait machinalement les bagues de ses doigts.

« Anna, dit une voix près d’elle, qu’elle entendit sans lever la tête, je suis prêt à tout, partons après-demain. »

Wronsky était entré doucement, et lui parlait avec affection.

« Eh bien ?

— Fais comme tu veux, répondit-elle incapable