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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/48

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une preuve d’infériorité du côté des Allemands ? Non, il y a là une autre loi, cria-t-il de sa voix de basse.

— Je crois que la balance penchera toujours du côté de la véritable civilisation.

— Mais quels sont les indices de cette véritable civilisation ?

— Je crois que tout le monde les connaît.

— Les connaît-on réellement ? demanda Serge Ivanitch en souriant finement. On croit volontiers, pour le moment, qu’en dehors de l’instruction classique la civilisation n’existe pas ; nous assistons sur ce point à de furieux débats, et chaque parti avance des preuves qui ne manquent pas de valeur.

— Vous êtes pour les classiques, Serge Ivanitch ? dit Oblonsky… Vous offrirai-je du bordeaux ?

— Je ne parle pas de mes opinions personnelles, répondit Kosnichef avec la condescendance qu’il aurait éprouvée pour un enfant, en avançant son verre. Je prétends seulement que, de part et d’autre, les raisons qu’on allègue sont bonnes, continua-t-il en s’adressant à Karénine. Par mon éducation je suis classique ; ce qui ne m’empêche pas de trouver que les études classiques n’offrent pas de preuves irrécusables de leur supériorité sur les autres.

— Les sciences naturelles prêtent tout autant à un développement pédagogique de l’esprit humain, reprit Pestzoff. Voyez l’astronomie, la botanique, la zoologie avec l’unité de ses lois !

— C’est une opinion que je ne saurais partager, répondit Alexis Alexandrovitch. Peut-on nier l’heureuse