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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/472

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celle qui demande, qu’elle sorte, qu’elle sorte… murmura le Français sans ouvrir les yeux.

— Vous m’excuserez, mais vous entendez, dit la comtesse ; revenez à dix heures, mieux encore demain.

— Qu’elle sorte ! répéta le Français avec impatience.

— C’est moi, n’est-ce pas ? » demanda Oblonsky ahuri ; et sur un signe affirmatif il s’enfuit sur la pointe des pieds, et se sauva dans la rue comme s’il eût fui une maison pestiférée. Pour reprendre son équilibre mental, il causa et plaisanta longuement avec un isvoschik, se fit conduire au théâtre français, et termina sa soirée au restaurant avec du champagne. Malgré tous ses efforts, le souvenir de cette soirée l’oppressait.

En rentrant chez son oncle Oblonsky, où il était descendu, il trouva un billet de Betsy, l’engageant à venir reprendre l’entretien interrompu le matin, ce qui lui fit faire la grimace. Un bruit de pas sur l’escalier l’interrompit dans ses méditations, et lorsqu’il sortit de sa chambre pour se rendre compte de ce tapage, il aperçut son oncle, si rajeuni par son voyage à l’étranger, qu’on le ramenait complètement ivre.

Oblonsky, contre son habitude, ne s’endormit pas aisément ; ce qu’il avait vu et entendu dans la journée le troublait ; mais la soirée de la comtesse dépassait le reste en étrangeté.

Le lendemain il reçut de Karénine un refus catégorique au sujet du divorce, et comprit que cette