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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/460

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et qu’il devait s’habituer à l’idée de rester avec son père ; la vue de son oncle le troubla ; il craignit de retomber dans une sensibilité qu’il avait appris à redouter, et préféra ne pas songer au passé. Stépane Arcadiévitch le trouva jouant sur l’escalier en quittant le cabinet de Karénine, et l’enfant se montra plus communicatif hors de la présence de son père ; il se laissa questionner sur ses leçons, ses jeux, ses camarades, répondit à son oncle d’un air heureux, et celui-ci, en admirant ce regard vif et gai, si semblable à celui de sa mère, ne put s’empêcher de lui demander :

« Te rappelles-tu ta mère ?

— Non », répondit l’enfant devenant pourpre, et son oncle ne parvint plus à le faire causer.

Lorsque le précepteur trouva Serge une demi-heure sur l’escalier, il ne put démêler s’il pleurait ou s’il boudait.

« Vous êtes-vous fait mal ? demanda-t-il.

— Si je m’étais fait mal, personne ne s’en douterait, répondit l’enfant.

— Qu’avez-vous donc ?

— Rien ; laissez-moi ; pourquoi ne me laisse-t-on pas tranquille ; qu’est-ce que cela peut leur faire si je me souviens ou si j’oublie ? » Et l’enfant semblait défier le monde entier.


CHAPITRE XX


Stépane Arcadiévitch ne consacra pas son séjour à Pétersbourg exclusivement à ses affaires ; il