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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/455

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matin même à cet Israélite, et la façon dont lui, prince Oblonsky, descendant de Rurick, avait fait antichambre pour être, après une longue attente, reçu avec une politesse obséquieuse qui cachait mal le triomphe de Bolgarine, fier de se voir sollicité par un prince.

Il avait presque essuyé un refus, mais ne s’en souvenait que maintenant, tant il avait cherché à l’oublier, et en rougissait involontairement.


CHAPITRE XVIII


« Il me reste encore une chose à te demander, tu devines laquelle : Anna… », dit Stépane Arcadiévitch, repoussant les souvenirs désagréables de sa pensée.

Le visage de Karénine prit à ce nom une expression de rigidité cadavérique.

« Que voulez-vous encore de moi ? dit-il se retournant sur son fauteuil et fermant son pince-nez.

— Une décision quelconque, Alexis Alexandrovitch ; je m’adresse à toi, non comme — il allait dire au « mari trompé » et s’arrêta pour articuler avec peu d’à-propos — à l’homme d’État, mais comme au chrétien, à l’homme de cœur. Aie pitié d’elle.

— De quelle façon ? demanda Karénine doucement.

— Elle te ferait peine si tu la voyais ; sa situation est cruelle.