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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/438

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pas auprès de lui, et derrière le paravent qui divisait la chambre, il aperçut de la lumière.

« Qu’y a-t-il Kitty, est-ce toi ?

— Ce n’est rien, répondit celle-ci apparaissant une bougie à la main, et lui souriant d’un air significatif. Je me sens un peu souffrante.

— Quoi ? cela commence ? s’écria-t-il effrayé, cherchant ses vêtements pour s’habiller au plus vite.

— Non, non, ce n’est rien, c’est déjà passé », dit-elle le retenant de ses deux mains ; et s’approchant du lit elle éteignit la bougie et se recoucha. Levine était si fatigué que, malgré la frayeur qu’il avait éprouvée en voyant sa femme apparaître une lumière à la main, il se rendormit aussitôt ; quant aux pensées qui durent agiter cette chère âme, tandis qu’elle restait ainsi couchée auprès de lui, dans l’attente du moment le plus solennel qui pût marquer la vie d’une femme, il n’y réfléchit que plus tard. Vers sept heures, Kitty, partagée entre la crainte de l’éveiller et le désir de lui parler, finit par lui toucher l’épaule.

« Kostia, n’aie pas peur, ce n’est rien, mais je crois qu’il vaut mieux faire chercher Lisaveta Petrovna. » Elle ralluma la bougie, et Levine l’aperçut assise dans son lit, s’efforçant de tricoter.

« Je t’en prie, ne t’effraye pas, je n’ai pas peur du tout », dit-elle voyant l’air terrifié de son mari, et elle lui prit la main pour la presser contre son cœur et ses lèvres.