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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/435

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que ces Anglais, ces lectures, ce livre, sinon autant de tentatives pour m’étourdir, comme la morphine que je prends la nuit ! Son amour seul me sauverait ! » dit-elle, et des larmes de pitié sur son propre sort lui jaillirent des yeux.

Un coup de sonnette bien connu retentit, et aussitôt Anna, s’essuyant les yeux, feignit le plus grand calme, et s’assit près de la lampe avec un livre ; elle tenait à témoigner son mécontentement, non à laisser voir sa douleur. Wronsky ne devait pas se permettre de la plaindre : c’est ainsi qu’elle-même provoquait la lutte qu’elle reprochait à son amant de vouloir engager. Wronsky entra, l’air content et animé, s’approcha d’elle, et lui demanda gaiement si elle ne s’était pas ennuyée.

« Oh non, c’est une chose dont je me suis déshabituée. Stiva et Levine sont venus me voir.

— Je le savais ; Levine te plaît-il ? demanda-t-il en s’asseyant près d’elle.

— Beaucoup ; ils viennent à peine de partir. Qu’as-tu fait de Yavshine ?

— Quelle terrible passion que le jeu ! Il avait gagné 17 000 roubles, et j’étais parvenu à l’emmener, lorsqu’il m’a échappé ; en ce moment, il reperd tout.

— Alors pourquoi le surveiller ? – dit Anna relevant la tête brusquement et rencontrant le regard glacé de Wronsky ; – après avoir dit à Stiva que tu restais avec lui pour l’empêcher de jouer, tu as bien fini par l’abandonner ?

— D’abord je n’ai chargé Stiva d’aucune com-