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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/434

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CHAPITRE XII


Après avoir pris congé de ses visiteurs, Anna se mit à arpenter les appartements de long en large. Elle ne se dissimulait pas que depuis un certain temps ses rapports avec les hommes s’empreignaient d’une coquetterie presque involontaire, et s’avouait qu’elle avait fait son possible pour tourner la tête à Levine ; mais, quoique celui-ci lui eût plu, et qu’elle trouvât, comme Kitty, un rapport secret entre lui et Wronsky, malgré certains contrastes extérieurs, ce n’est pas à lui qu’elle songea. Une seule et même pensée la poursuivait.

« Pourquoi, puisque j’exerce une attraction aussi sensible sur un homme marié, amoureux de sa femme, n’en ai-je plus sur lui ? Pourquoi devient-il si froid ? Il m’aime encore cependant, mais quelque chose nous divise ! Il n’est pas rentré de la soirée, sous prétexte de surveiller Yavshine. Yavshine est-il un enfant ? Il ne ment pourtant pas ; ce qu’il tient à me prouver, c’est qu’il prétend garder son indépendance ; je ne le conteste pas, mais qu’a-t-il besoin de l’affirmer ainsi ? Ne peut-il donc comprendre l’horreur de la vie que je mène ? cette longue expectative d’un dénouement qui ne vient pas ? Toujours aucune réponse ! et que puis-je faire ? que puis-je entreprendre en attendant ? Rien, sinon me contenir, ronger mon frein, me forger des distractions ! Et qu’est-ce