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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/43

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Levine s’approcha pour la saluer ; elle lui tendit une main glacée avec un sourire qui aurait passé pour calme, si ses yeux humides n’eussent été si brillants.

« Il y a bien longtemps que nous ne nous sommes vus, s’efforça-t-elle de dire.

— Vous ne m’avez pas vu, mais moi je vous ai aperçue en voiture, sur la route de Yergoushovo, venant du chemin de fer, répondit Levine rayonnant de bonheur.

— Quand donc ? demanda-t-elle étonnée.

— Vous alliez chez votre sœur, dit Levine, sentant la joie l’étouffer. « Comment, pensa-t-il, ai-je pu croire à un sentiment qui ne fût pas innocent dans cette touchante créature ? Daria Alexandrovna a eu raison. »

Stépane Arcadiévitch vint lui prendre le bras pour l’amener vers Karénine.

« Permettez-moi de vous faire faire connaissance, dit-il en les présentant l’un à l’autre.

— Enchanté de vous retrouver ici, dit froidement Alexis Alexandrovitch en serrant la main de Levine.

— Hé quoi, vous vous connaissez ? demanda Oblonsky avec étonnement.

— Nous avons fait route ensemble pendant trois heures, dit en souriant Levine, et nous nous sommes quittés aussi intrigués qu’au bal masqué, moi du moins.

— Vraiment ?… Messieurs, veuillez passer dans la salle à manger », dit Stépane Arcadiévitch en se dirigeant vers la porte.