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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/429

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diocre citoyen, dit-elle en souriant à Levine, mais je vous ai toujours défendu.

— De quelle façon ?

— Cela dépendait des attaques. Mais si nous allions prendre le thé, fit-elle en se levant et prenant un livre relié sur la table.

— Donnez-le-moi, Anna Arcadievna, dit Varkouef en montrant le livre.

— Non, c’est trop peu de chose.

— Je lui en ai parlé, murmura Stépane Arcadiévitch en désignant Levine.

— Tu as eu tort, mes écrits ressemblent à ces petits ouvrages faits par des prisonniers, qu’on nous vendait jadis ; ce sont des œuvres de patience… » Levine fut frappé du besoin de sincérité de cette femme remarquable, comme d’un charme de plus ; elle ne voulait pas dissimuler les épines de sa situation, et ce beau visage prit une expression grave qui l’embellit encore. Levine jeta un dernier coup d’œil au merveilleux portrait, tandis qu’Anna prenait le bras de son frère, et un sentiment de tendresse et de pitié s’empara de lui. Mme Karénine laissa les deux hommes passer au salon, et resta en arrière pour causer avec Stiva. De quoi lui parlait-elle ? Du divorce ? De Wronsky ? Levine ému n’entendit rien de ce que lui raconta Varkouef sur le livre écrit par la jeune femme. On causa pendant le thé ; les sujets intéressants ne tarissaient pas, et tous les quatre semblaient déborder d’idées ; mais on s’arrêtait pour laisser parler son voisin, et tout ce qui se disait prenait pour Levine un intérêt spé-