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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/422

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CHAPITRE IX


« La voiture du prince Oblonsky ! » cria le suisse d’une voix tonnante.

La voiture avança, les deux amis y montèrent, et l’impression de bien-être physique et moral éprouvée par Levine à son entrée au club persista tant qu’ils restèrent dans la cour ; mais les cris des isvoschiks dans la rue, les secousses de l’équipage et l’aspect de l’enseigne rouge d’un cabaret borgne le ramenèrent à la réalité ; il se demanda s’il avait raison d’aller chez Anna ? Que dirait Kitty ? Stépane Arcadiévitch, comme s’il eût deviné ce qui se passait dans l’esprit de son compagnon, coupa court à ses méditations.

« Combien je suis heureux de te la faire connaître ! Tu sais que Dolly le désire depuis longtemps. Lvof aussi va chez elle. Bien qu’elle soit ma sœur, je ne peux pas nier la haute supériorité d’Anna : c’est une femme remarquable ; malheureusement sa situation est plus triste que jamais.

— Pourquoi cela ?

— Nous négocions un divorce, son mari y consent, mais il surgit des difficultés à cause de l’enfant, et depuis trois mois l’affaire n’avance pas. Dès que le divorce aura été prononcé, elle épousera Wronsky, et sa position deviendra aussi régulière que la tienne ou la mienne.

— En quoi consistent ces difficultés ?