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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/415

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tions : la santé de Kitty, le concert, et ajouta, pour varier, quelques détails sur la mort subite d’une amie.

« Avez-vous été hier à l’Opéra ?

— Oui.

— La Lucca a été superbe. »

Et ainsi de suite jusqu’à ce que l’officier supérieur se levât, saluât et sortît.

Levine fit mine de suivre cet exemple, mais un regard étonné de la comtesse le retint : le moment n’était pas venu. Il se rassit, tourmenté de la sotte figure qu’il faisait, et de plus en plus incapable de trouver un sujet de conversation.

« Irez-vous à la séance du comité ? demanda la comtesse : on dit qu’elle sera intéressante.

— J’ai promis d’y aller chercher ma belle-sœur. »

Nouveau silence, pendant lequel les trois dames échangèrent un regard.

« Il doit être temps de partir », pensa Levine, et il se leva. Les dames ne le retinrent plus, lui serrèrent la main et le chargèrent de mille choses pour sa femme.

Le suisse, en lui remettant sa pelisse, lui demanda son adresse, et l’inscrivit gravement dans un superbe livre relié.

« Au fond, tout cela m’est bien égal, pensa Levine, mais, bon Dieu, qu’on a l’air bête ! et combien tout cela est inutile et ridicule. »

Il alla chercher sa belle-sœur, la ramena chez lui, y trouva Kitty en bonne santé, et se rendit au club, où il devait rejoindre son beau-père.