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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/408

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diait la situation du peuple russe qu’au point de vue du capital, du salaire et de la rente, tout en convenant que, pour la plus grande partie de la Russie, la rente était nulle, le salaire consistait à ne pas mourir de faim, et le capital n’était représenté que par des outils primitifs. Métrof ne différait des autres représentants de l’école que par une théorie nouvelle sur le salaire, qu’il démontra longuement. Après avoir essayé d’écouter, d’interrompre pour exprimer son idée personnelle, et prouver ainsi combien peu ils pouvaient s’entendre, Levine finit par laisser parler Métrof, flatté au fond de voir un homme aussi savant le prendre pour confident de ses idées, et lui témoigner autant de déférence ; il ignorait, que l’éminent professeur, ayant épuisé ce sujet avec son entourage habituel, n’était pas fâché de trouver un auditeur nouveau, et qu’il aimait d’ailleurs à causer des questions qui le préoccupaient, trouvant qu’une démonstration orale contribuait à lui en élucider à lui-même certains points.

« Nous allons nous mettre en retard », fit enfin remarquer Katavasof consultant sa montre.

« Il y a aujourd’hui séance extraordinaire à l’Université à l’occasion du jubilé de cinquante ans de Swintitch, ajouta-t-il en s’adressant à Levine ; j’ai promis de parler sur ses travaux zoologiques. Viens avec nous, ce sera intéressant.

— Oui, venez, dit Métrof, et après la séance faites-moi le plaisir de venir chez moi pour me lire votre ouvrage ; je l’écouterai avec plaisir.