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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/404

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tendant de vendre le blé et de toucher d’avance le loyer du moulin. L’argent ne manquera pas.

— Je regrette parfois d’avoir écouté maman ; je vous fatigue tous à m’attendre, nous dépensons un argent fou : pourquoi ne sommes-nous pas restés à la campagne ? Nous y étions si bien !

— Moi, je ne regrette rien de ce que j’ai fait depuis notre mariage.

— Est-ce vrai ? dit-elle en le regardant bien en face. À propos, sais-tu que la position de Dolly n’est plus tenable ? nous en avons causé hier avec maman et Arsène (le mari de sa sœur Nathalie) et ils ont décidé que vous parleriez sérieusement à Stiva, car papa n’en fera rien.

— Je suis, prêt à suivre l’avis d’Arsène, mais que veux-tu que nous y fassions ? En tout cas, j’entrerai chez les Lvof, et peut-être alors irai-je au concert avec Nathalie. »

Le vieux Kousma, qui remplissait en ville les fonctions de majordome, apprit à son maître en le reconduisant qu’un des chevaux boitait. Levine avait cherché, en s’installant à Moscou, à s’organiser une écurie convenable qui ne lui coûtât pas trop cher ; mais il fut obligé de reconnaître que des chevaux de louage étaient moins dispendieux, car pour ménager ses bêtes il prenait des isvoschiks à chaque instant. C’est ce qu’il fit encore ce jour-là, s’habituant peu à peu à trancher d’un mot les difficultés qui représentaient une dépense. Le premier billet de cent roubles lui avait seul été pénible à dépenser : il s’agissait d’acheter