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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/400

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tatât dans leur vie moscovite était le changement survenu dans le caractère de son mari : elle le trouvait inquiet, ombrageux, oisif, agité sans but ; était-ce l’homme qu’elle avait connu toujours utilement occupé à la campagne, et dont elle admirait la dignité tranquille et la cordiale hospitalité ? Elle ne le reconnaissait plus et cette transformation lui causait, un sentiment voisin de la pitié. La jeune femme était seule du reste à éprouver cette compassion, car elle s’avouait que rien dans son mari n’excitait la commisération, et quand elle se plaisait à étudier l’effet qu’il produisait en société, c’était plutôt sa jalousie qui risquait d’être mise en éveil. Mais, tout en reprochant à Levine son incapacité à s’accommoder d’une existence nouvelle, Kitty reconnaissait que Moscou lui offrait peu de ressources. Quelles occupations pouvait-il s’y créer ? Il n’aimait ni les cartes ni la compagnie des viveurs comme Oblonsky, ce dont elle rendait grâces au ciel ; le monde ne l’amusait pas : pour s’y plaire il aurait dû rechercher la société des femmes ; que lui restait-il donc en dehors du corde monotone de la famille ? Levine avait bien songé à terminer son livre, et commencé des recherches dans les bibliothèques publiques, mais il avoua à Kitty qu’il se déflorait à lui-même l’intérêt de son travail lorsqu’il en parlait, et d’ailleurs le temps lui manquait pour rien faire de sérieux.

Les conditions particulières de leur vie de Moscou eurent en revanche un résultat inattendu,