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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/382

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pectable du vieillard, sa grande maison d’aspect seigneurial, avec ses vieux meubles, ses vieux serviteurs, sa vieille et excellente femme coiffée d’un bonnet à coques et parée d’un châle turc ; son jeune fils, le cadet de la famille, était entré chez son père pour lui souhaiter le bonjour et lui baiser affectueusement la main. C’était ce même homme, couvert maintenant de décorations, qui fuyait comme un animal traqué.

« J’espère que vous nous restez, dit Levine, cherchant à lui dire quelque chose d’agréable.

— J’en doute, répondit le maréchal en jetant autour de lui un regard troublé. Je suis vieux et fatigué, que de plus jeunes prennent ma place. »

Et il disparut par une petite porte.


CHAPITRE XXIX


La salle, longue et étroite, où se trouvait le buffet, se remplissait de monde, et l’agitation allait croissant, car le moment décisif approchait ; les chefs de partis, qui savaient à quoi s’en tenir sur le nombre des votants, étaient les plus animés ; les autres cherchaient à se distraire, et se préparaient à la lutte en mangeant, fumant et arpentant la salle.

Levine ne fumait pas et n’avait pas faim ; afin d’éviter ses amis, parmi lesquels il venait d’apercevoir Wronsky en uniforme d’écuyer de l’empereur, il se réfugia près d’une fenêtre, et, tout en