Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/38

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les piloter. Quand il eut congédié son monde, Alexis Alexandrovitch écrivit à son avocat, lui donna ses pleins pouvoirs, et lui envoya trois billets de Wronsky et un d’Anna, trouvés dans le portefeuille.

Au moment de cacheter sa lettre, il entendit la voix sonore de Stépane Arcadiévitch demandant au domestique si son beau-frère recevait, et insistant pour être annoncé.

« Tant pis, pensa Alexis Alexandrovitch, ou plutôt tant mieux, je lui dirai ce qui en est, et il comprendra que je ne puis dîner chez lui.

— Fais entrer, cria-t-il en rassemblant ses papiers et les serrant dans un buvard.

— Tu vois bien que tu mens, – dit la voix de Stépane Arcadiévitch au domestique, et, ôtant son paletot tout en marchant, il entra chez Alexis Alexandrovitch.

— Je suis enchanté de te trouver, commença-t-il gaiement, j’espère…

— Il m’est impossible d’y aller », répondit sèchement Alexis Alexandrovitch, recevant son beau-frère debout, sans l’engager à s’asseoir, résolu à adopter avec le frère de sa femme les relations froides qui lui semblaient seules convenables depuis qu’il était décidé au divorce. C’était oublier l’irrésistible bonté de cœur de Stépane Arcadiévitch. Il ouvrit tout grands ses beaux yeux brillants et clairs.

« Pourquoi ne peux-tu pas venir ? Tu ne veux pas le dire ? demanda-t-il en français avec quelque