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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/375

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Le gouvernement de Kachine, où étaient situées les terres de Wronsky, de Swiagesky, d’Oblonsky, de Kosnichef et en partie celles de Levine, devait tenir au mois d’octobre son assemblée provinciale, et procéder à l’élection de ses maréchaux. Ces élections, à cause de certaines personnalités marquantes qui y prenaient part, attiraient l’attention générale ; on se préparait à y venir de Moscou, de Pétersbourg, même de l’étranger. Wronsky aussi avait promis d’y assister.

L’automne était venu, sombre, pluvieux et singulièrement triste à la campagne.

La veille de son départ, le comte vint annoncer d’un ton froid et bref qu’il s’absentait pour quelques jours, tout préparé à une lutte dont il tenait à sortir vainqueur ; sa surprise fut grande en voyant Anna prendre cette nouvelle avec beaucoup de calme et se contenter de lui demander l’époque exacte de son retour.

« J’espère que tu ne t’ennuieras pas, – dit-il, scrutant la physionomie d’Anna, et se méfiant de la faculté qu’elle possédait de se renfermer complètement en elle-même lorsqu’elle prenait quelque résolution extrême.

— Oh non ! Je viens de recevoir une caisse de livres de Moscou, cela m’occupera. »

« C’est un nouveau ton qu’elle veut adopter », pensa-t-il, et il eut l’air de croire à la sincérité de cette apparence de raison.

Il partit donc sans autre explication, ce qui ne leur était jamais arrivé ; et, tout en espérant