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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/370

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— Pourquoi ? l’amour-propre d’Alexis en est chatouillé, voilà tout, et pour moi je fais de cet enfant ce que je veux, comme toi avec Grisha ; non, Dolly, je ne vois pas tout en noir, mais je cherche à ne rien voir, tant je trouve tout terrible.

— Tu as tort, tu devrais faire le nécessaire.

— Quoi ? épouser Alexis ? Crois-tu donc réellement que je n’y songe pas ? Mais quand cette pensée s’empare de moi, elle m’affole, et je ne parviens à me calmer qu’avec de la morphine, dit-elle en se levant, puis marchant de long en large en s’arrêtant par moments. Mais d’abord il ne consentira pas au divorce, parce qu’il est sous l’influence de la comtesse Lydie.

— Il faut essayer, dit Dolly avec douceur, suivant Anna des yeux, le cœur plein de sympathie.

— Admettons que j’essaye, que je l’implore comme une coupable, admettons même qu’il consente. » Anna, arrivée près de la fenêtre, s’arrêta pour arranger les rideaux : « Et mon fils ? me le rendra-t-on ? Non, il grandira chez ce père que j’ai quitté, en apprenant à me mépriser ! Conçois-tu que j’aime presque également, certes plus que moi-même, ces deux êtres qui s’excluent l’un l’autre, Serge et Alexis ? » Elle revint au milieu de la chambre en serrant ses mains contre sa poitrine, et se pencha vers Dolly, tremblante d’émotion sous ce regard mouillé de larmes.

« Je n’aime qu’eux au monde et ne puis les réunir ! Le reste m’est égal ! Cela finira d’une façon quelconque, mais je ne puis, je ne veux pas