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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/369

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« Comment peut-on être coupable à l’égard de créatures qui n’existent pas ? » pensait Dolly en secouant la tête pour chasser l’idée bizarre que pour Grisha, son bien-aimé, il aurait peut-être mieux valu ne pas naître.

« Je t’avoue que, selon moi, c’est mal, dit-elle avec une expression de dégoût.

— Songe à la différence qui existe entre nous deux : pour toi, il ne peut s’agir que de savoir si tu désires encore avoir des enfants ; pour moi, il s’agit de savoir s’il m’est permis d’en avoir. »

Dolly se tut, et elle comprit tout à coup l’abîme qui la séparait d’Anna ; entre elles certaines questions ne pouvaient plus être discutées.


CHAPITRE XXIV


« Raison de plus pour régulariser la situation, si c’est possible.

— Oui, si c’est possible, répondit Anna sur un ton tout différent, de calme et de douceur.

— On me disait que ton mari y consentait.

— Dolly, ne parlons pas de cela.

— Comme tu veux, répondit celle-ci, frappée de la douleur profonde qui se peignit sur les traits d’Anna ; ne vois-tu pas les choses trop en noir ?

— Nullement, je suis heureuse et contente. Je fais même des passions ; — as-tu remarqué Weslowsky ?

— Le ton de Weslowsky me déplaît fort, à dire vrai.