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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/365

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de rester une couple de jours. Rentrée dans sa chambre après le thé et une promenade en bateau, elle éprouva un véritable soulagement à se retrouver seule, et aurait préféré ne pas voir Anna.


CHAPITRE XXIII


Au moment où elle allait se mettre au lit, la porte s’ouvrit et Anna entra, vêtue d’un peignoir blanc. Toutes deux, dans le courant de la journée, sur le point d’aborder une question intime, s’étaient dit : « Plus tard, quand nous serons seules » ; et maintenant il leur sembla qu’elles n’avaient plus rien à se confier.

« Que devient Kitty ? demanda enfin Anna, assise près de la fenêtre et regardant Dolly d’un air humble. Dis-moi la vérité : m’en veut-elle ?

— Oh non ! répondit Dolly en souriant.

— Elle me hait, me méprise ?

— Non plus ; mais tu sais, il y a des choses qui ne se pardonnent pas.

— C’est vrai ! dit Anna en se tournant vers la fenêtre ouverte. Ai-je été coupable dans tout cela ? et qu’appelle-t-on être coupable ? Pouvait-il en être autrement ? croirais-tu possible de n’être pas la femme de Stiva ?

— Je ne sais que te répondre, mais toi…

— Kitty est-elle heureuse ? Son mari, assure-t-on, est un excellent homme.

— C’est trop peu dire ; je n’en connais pas de meilleur.