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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/362

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Les messieurs, en redingote noire, attendaient réunis au salon, ainsi que la princesse Barbe, et l’on passa bientôt dans la salle à manger.

Le dîner et le service de table intéressèrent Dolly ; en qualité de maîtresse de maison, elle savait que rien ne se fait bien, même dans un ménage modeste, sans une direction, et, à la façon dont le comte lui offrit le choix entre deux potages, elle comprit que cette direction supérieure venait de lui. Anna ne s’occupait que de la conversation, et s’acquittait de cette tâche avec son tact habituel, cherchant un mot pour chacun, chose difficile avec des convives appartenant à des sphères aussi différentes.

Après avoir effleuré diverses questions, auxquelles le médecin, l’architecte et l’intendant purent prendre part, la causerie devint plus intime, et Dolly éprouva un vif mouvement de contrariété en entendant Swiagesky prendre à partie les jugements bizarres de Levine sur le rôle des machines en agriculture.

« Peut-être monsieur Levine n’a-t-il jamais vu les machines qu’il critique, autrement je ne m’explique pas son point de vue.

— Un point de vue turc, dit Anna en souriant à Weslowsky.

— Je ne saurais défendre des jugements que je ne connais pas, répondit Dolly toute rouge, mais ce que je puis vous affirmer, c’est que Levine est un homme éminemment éclairé, et qu’il saurait vous expliquer ses idées s’il était ici.