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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/355

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portée dans ce milieu étranger, parmi ces habitudes d’élégance raffinée qui lui étaient inconnues, elle éprouva un véritable malaise. D’ailleurs, tout en excusant Anna, qu’elle aimait sincèrement, la présence de celui qui l’avait détournée de ses devoirs la froissait, et le chaperonnage de la princesse Barbe, pardonnant tout parce qu’elle partageait le luxe de sa nièce, lui semblait odieux. Wronsky, en aucun temps, ne lui avait inspiré de sympathie ; elle le croyait fier, et ne lui voyait d’autre raison pour justifier sa fierté que la richesse ; malgré tout il lui imposait en qualité de maître de maison, et elle se sentait humiliée devant lui, comme devant la femme de chambre en tirant la camisole rapiécée de son sac. N’osant guère lui faire un compliment banal sur la beauté de son installation, elle était assez gênée de trouver un sujet de conversation en marchant à son côté ; faute de mieux cependant, elle risqua quelques paroles d’admiration sur l’aspect du château.

« Oui, l’architecture en est d’un bon style, répondit le comte.

— La cour d’honneur était-elle ainsi dessinée autrefois ?

— Oh non ! si vous l’aviez vue au printemps ! et peu à peu, d’abord froidement, puis avec entrain, il fit remarquer à Dolly les divers embellissements dont il était l’auteur ; les éloges de son interlocutrice lui causèrent un visible plaisir.

— Si vous n’êtes pas fatiguée, nous pourrons aller jusqu’à l’hôpital ? dit-il en regardant Dolly,