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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/352

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convenable n’eût consenti à entrer dans une famille irrégulière ? Dolly crut remarquer également qu’Anna était presque une étrangère dans ce milieu ; elle ne put trouver aucun des joujoux de l’enfant, et, chose bizarre, elle ne savait pas même le nombre de ses dents !

« Je me sens inutile ici, dit Anna en sortant, relevant la traîne de sa robe pour ne pas accrocher quelque jouet. Quelle différence avec l’aîné !

— J’aurais cru, au contraire…, commença Dolly timidement.

— Oh non ! tu sais que j’ai revu Serge ? dit-elle regardant fixement devant elle comme si elle eût cherché quelque chose dans le lointain. Mais je suis comme une créature mourant de faim qui se trouverait devant un festin et ne saurait par où commencer. Tu es ce festin pour moi ! avec qui, sinon avec toi, pourrais-je parler à cœur ouvert ? Aussi ne te ferai-je grâce de rien quand nous pourrons causer tranquillement. Il faut que je te fasse l’esquisse de la société que tu trouveras ici. D’abord la princesse Barbe ; je sais ton opinion et celle de Stiva sur son compte, mais elle a du bon, je t’assure, et je lui suis très obligée. Elle m’a été d’un grand secours à Pétersbourg, où un chaperon m’était indispensable ; tu ne t’imagines pas combien ma position offrait de difficultés ! Mais revenons à nos hôtes ; tu connais Swiagesky, le maréchal du district ? il a besoin d’Alexis, qui, avec sa fortune, peut acquérir une grande influence si nous vivons à la campagne ; puis Toushkewitch, que tu as vu