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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/346

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— Je n’en ai pas eu le courage.

— Pas le courage avec moi ? Si tu savais combien… — et Dolly allait lui parler de ses réflexions pendant le voyage, lorsque l’idée lui vint que le moment était mal choisi. — Nous causerons plus tard, ajouta-t-elle. Qu’est-ce que cette réunion de bâtiments, on dirait une petite ville ? demanda-t-elle, désignant des toits verts et rouges apparus au travers des arbres.

— Dis-moi ce que tu penses de moi, continua Anna sans répondre à sa question.

— Je ne pense rien. Je t’aime et t’ai toujours aimée ; lorsqu’on aime ainsi une personne, on l’aime telle qu’elle est, non telle qu’on la voudrait. »

Anna détourna les yeux et les ferma à demi, comme pour mieux réfléchir au sens de ces mots.

« Si tu avais des péchés, ils te seraient remis en faveur de ta visite et de ces bonnes paroles, — dit-elle, interprétant favorablement la réponse de sa belle-sœur et tournant vers elle un regard mouillé de larmes ; Dolly lui serra silencieusement la main.

— Ces toits sont ceux des dépendances, des écuries, des haras, répondit-elle à une seconde interrogation de la voyageuse. Voici où commence le parc. Alexis aime cette terre, qui avait été fort abandonnée, et à mon grand étonnement il se prend de passion pour l’agronomie. C’est une si riche nature ! il ne touche à rien qu’il n’y excelle ; ce sera un agronome excellent, économe, presque avare ; il ne l’est qu’en agriculture, car il ne compte plus lorsqu’il s’agit de dépenser pour d’autres objets