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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/345

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rante verstes par la chaleur », décida-t-il intérieurement en manière de consolation.

Les paysans quittèrent leurs télègues afin de contempler la rencontre des amis.

« Ils sont bien aises tout de même de se revoir, remarqua le vieux.

— Regarde donc cette femme en pantalons, dit un autre en montrant Weslowsky sur la selle de dame.

— Dites donc, enfants, nous ne dormirons plus.

— C’est fini, fit le vieux en regardant le ciel ; l’heure est passée, à l’ouvrage. »


CHAPITRE XVIII


Anna, en regardant Dolly fatiguée, ridée et couverte de poussière, fut sur le point de lui dire qu’elle la trouvait maigrie ; mais l’admiration pour sa propre beauté qu’elle lut dans les yeux de sa belle-sœur, l’arrêta :

« Tu m’examines ? dit-elle avec un soupir ; tu te demandes comment, dans ma position, je puis paraître aussi heureuse ? J’avoue que je le suis d’une façon impardonnable. Ce qui s’est passé en moi tient de l’enchantement ; je suis sortie de mes misères comme on sort d’un cauchemar ; et quel réveil ! surtout depuis que nous sommes ici ! — et elle regarda Dolly avec un sourire craintif.

— Tu me fais plaisir en me parlant ainsi ; je suis heureuse pour toi, répondit Daria Alexandrovna plus froidement qu’elle ne l’aurait voulu. — Mais pourquoi ne m’as-tu pas écrit ?