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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/341

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sans avoir besoin de se regarder, elle se rappela qu’elle pouvait plaire encore, et pensa à l’amabilité de Serge Ivanitch, au dévouement du bon Tourovtzine qui, par amour pour elle, l’avait aidée à soigner ses enfants pendant la scarlatine ; elle se rappela même un tout jeune homme, sur le compte duquel Stiva la taquinait. Et les romans les plus passionnés, les plus invraisemblables se présentèrent à son imagination.

« Anna a eu raison, elle est heureuse, elle fait le bonheur d’un autre ; elle doit être belle, brillante, pleine d’intérêt pour toute chose, comme par le passé. » Un sourire effleura les lèvres de Dolly poursuivant en pensée un roman analogue à celui d’Anna, dont elle serait l’héroïne ; elle se représenta le moment où elle avouait tout à son mari, et se mit à rire en songeant à la stupéfaction de Stiva.


CHAPITRE XVII


Le cocher héla des paysans assis sur la lisière d’un champ de seigle près de télègues dételées.

« Avance donc, fainéant ! » cria-t-il.

Le paysan qui vint à son appel, un vieillard au dos voûté, les cheveux retenus autour de la tête par une mince lanière de cuir, approcha de la calèche.

« La maison seigneuriale ? chez le comte ? répéta-t-il, prenez le premier chemin à gauche, vous tom-