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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/34

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impressionné, sans toutefois troubler sa belle humeur : d’abord l’accueil sec de son beau-frère : en rapprochant la froideur d’Alexis Alexandrovitch de certains bruits qui étaient parvenus jusqu’à lui sur les relations de sa sœur avec Wronsky, il devinait un incident grave entre le mari et la femme. Le second point noir était l’arrivée du nouveau chef auquel on faisait une réputation inquiétante d’exigence et de sévérité. Infatigable au travail, il passait encore pour être bourru, et absolument opposé aux tendances libérales de son prédécesseur, tendances que Stépane Arcadiévitch avait partagées. La première présentation avait eu lieu la veille, en uniforme, et Oblonsky avait été si cordialement reçu qu’il jugeait de son devoir de faire une visite non officielle. Comment serait-il reçu cette fois ? il s’en préoccupait, mais sentait instinctivement que tout s’arrangerait parfaitement. « Bah ! pensait-il, ne sommes-nous pas tous pécheurs ? pourquoi nous chercherait-il noise ? »

Stépane Arcadiévitch entra d’abord chez Levine. Celui-ci était debout au milieu de sa chambre, et prenait avec un paysan la mesure d’une peau d’ours.

« Ah ! vous en avez tué un ! cria Stépane Arcadiévitch en entrant. La belle pièce ! Une ourse ! Bonjour, Archip ! – et s’asseyant en paletot et en chapeau il tendit la main au paysan.

— Ôte donc ton paletot et reste un moment, dit Levine.

— Je n’ai pas le temps, je suis entré pour un ins-