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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/336

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sentait soulagé, et Dolly fit rire Warinka aux larmes, en lui racontant pour la troisième fois, et toujours avec de nombreuses amplifications, ses propres émotions. Elle avait, disait-elle, réservé en l’honneur de leur hôte une paire de délicieuses bottines toutes neuves ; le moment de les produire était venu ; elle entrait au salon, lorsqu’un bruit de ferraille dans l’avenue l’attira à la fenêtre. Quel spectacle s’offrait à sa vue ! Vassinka lui-même, son petit béret, ses rubans flottants, ses romances et ses guêtres, ignominieusement assis sur du foin ! Si du moins on lui avait attelé une voiture ! mais non ! Tout à coup on l’arrête… Dieu merci ! on s’est ravisé, on a pris pitié de lui… Pas du tout : c’est un gros Allemand qu’on ajoute à son malheur ! Décidément, l’effet des bottines était manqué !


CHAPITRE XVI


Daria Alexandrovna, tout en craignant d’être désagréable aux Levine, qui redoutaient un rapprochement avec Wronsky, tenait à aller voir Anna pour lui prouver que son affection n’avait pas varié. Le petit voyage qu’elle projetait offrait certaines difficultés, et, afin de ne pas gêner son beau-frère, elle voulut louer des chevaux au village. Dès que Levine en fut averti, il vint adresser de vifs reproches à sa belle-sœur.

« Pourquoi t’imagines-tu me faire de la peine en allant chez Wronsky ? Quand d’ailleurs cela