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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/334

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« Je voulais… — il s’arrêta confus, mais continua en se rappelant sa scène avec Kitty… — je voulais vous dire que j’ai fait atteler.

— Pourquoi ? où allons-nous ? demanda Vassinka étonné.

— Pour vous mener à la gare, dit Levine d’un air sombre.

— Partez-vous ? est-il survenu quelque chose ?

— Il est survenu que j’attends du monde, continua Levine, cassant sa baguette de plus en plus vivement ; ou plutôt non, je n’attends personne, mais je vous prie de partir : interprétez mon impolitesse comme bon vous semblera. »

Vassinka se redressa avec dignité.

« Veuillez m’expliquer…

— Je n’explique rien, et vous ferez mieux de ne pas me questionner », dit Levine lentement, tâchant de rester calme et d’arrêter le tremblement convulsif de ses traits, mais continuant à briser sa baguette. Le geste et la tension des muscles dont Vassinka avait éprouvé la vigueur le matin même, en faisant de la gymnastique, convainquirent celui-ci mieux que des paroles. Il haussa les épaules, sourit dédaigneusement, salua et dit :

« Pourrai-je voir Oblonsky ?

— Je vais vous l’envoyer, répondit Levine, que ce haussement d’épaules n’offensa pas ; que lui reste-t-il d’autre à faire ? » pensa-t-il.

« Mais cela n’a pas le sens commun, c’est du dernier ridicule ! s’écria Stépane Arcadiévitch lorsqu’il rejoignit Levine au jardin, après avoir