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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/333

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— Non, non, je ferai l’exécution moi-même, cela m’amusera… Allons, Dolly, pardonne-lui », dit-il en montrant la petite criminelle debout près de sa mère, la tête basse et n’osant aller chez Fanny.

L’enfant, voyant sa mère radoucie, se jeta dans ses bras en sanglotant, et Dolly lui posa tendrement sa main amaigrie sur la tête.

« Il n’y a rien de commun entre ce garçon et nous », pensa Levine, se mettant en quête de Vassinka.

Dans le vestibule, il donna l’ordre d’atteler la calèche.

« Les ressorts se sont cassés hier, répondit le domestique. »

— Alors le tarantass, mais au plus vite. »

Vassinka mettait des guêtres pour monter à cheval, la jambe posée sur une chaise, lorsque Levine entra. Le visage de celui-ci avait une expression particulière, si Weslowsky ne put se dissimuler que son « petit brin de cour » n’était pas à sa place dans cette famille ; il se sentit aussi mal à l’aise que peut l’être un jeune homme du monde.

« Vous montez à cheval en guêtres ? lui demanda Levine, s’emparant d’une baguette qu’il avait cueillie le matin en faisant de la gymnastique.

— Oui, c’est plus propre », répondit Vassinka, achevant de boutonner sa guêtre.

C’était au fond un si bon enfant, que Levine se sentit honteux en remarquant la soudaine timidité de son hôte.