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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/329

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— Je ferai ce que vous voudrez », répéta encore Levine, d’un air sombre, et il cessa d’écouter sa belle-mère ; son attention était ailleurs.

« Cela ne peut durer ainsi », pensait-il, jetant de temps en temps un coup d’œil sur Vassinka penché, vers Kitty, et sur sa femme troublée et rougissante. La pose de Weslowsky lui parut inconvenante, et, comme l’avant-veille, il tomba soudain des hauteurs du bonheur le plus idéal dans un abîme de haine et de confusion. Le monde lui devint insupportable.

« Comme tu descends tard, dit en ce moment Oblonsky, étudiant la physionomie de Levine, à Dolly qui entrait au salon.

— Macha a mal dormi et m’a fatiguée », répondit Daria Alexandrovna.

Vassinka se leva un instant, salua et se rassit pour reprendre sa conversation avec Kitty ; il lui parlait encore d’Anna, discutant la possibilité d’aimer dans ces conditions extralégales, et, quoique l’entretien déplût à la jeune femme, elle était trop inexpérimentée et trop naïve pour savoir y mettre un terme et dissimuler la gêne à la fois et l’espèce de plaisir que lui causaient les attentions du jeune homme. La crainte de la jalousie de son mari contribuait à son émotion, car elle savait d’avance qu’il interpréterait mal chacune de ses paroles, chacun de ses gestes.

« Où vas-tu, Kostia ? lui demanda-t-elle d’un air coupable en le voyant sortir d’un pas délibéré.

— Je vais parler à un mécanicien allemand venu